Art Projects International

Paris/New York: IL LEEOctober 13, 2005

IL LEE – Au-delà du Minimal

Essay from the catalogue published on the occasion of the exhibition Paris/New York: IL LEE presented at Galerie Gana Beaubourg in Paris, France, from October 13 to November 5, 2005.

Au-delà du Minimal

Dans l’atelier d’Il Lee situé à Greenpoint — une zone avoisinant Williamsburg devenue récemment un quartier de choix pour artistes — il y a trois nouveaux tableaux, tous créés pour sa prochaine exposition. L’un d’eux est de 2m x 3m50, le plus grand qu’il ait jamais réalisé alors que les deux autres font à peu près la moitié de cette taille, quoique plus grands que ses projets habituels. Utilisant le stylo à bille, et ce depuis 1981, Il Lee continue d’explorer les stratégies minimalistes qui ont été ses premières influences en tant que jeune étudiant dans sa Corée natale. Au début des années soixante-dix, le minimalisme dominait la scène artistique internationale, même dans une Asie qui n’était pas aussi accessible qu’elle l’est maintenant, et beaucoup de gens en Corée trouvèrent ses idées très intéressantes. Quand il arriva à New York en 1977 pour suivre les cours à Pratt, certains de ses professeurs furent surpris que son art n’ait pas des racines plus ethniques. Certes, ses sources provenaient de sa culture d’origine mais Il Lee, poursuivant ses propres intérêts, résista à toutes les attentes. Toutefois, il se rendit compte qu’il puisait dans son héritage ; mais pas directement. Il s’agissait plus d’une sorte de “pollinisation croisée” dans laquelle l’esthétique minimaliste était combinée avec les concepts traditionnels asiatiques du compressible, de l’abstrait et de l’expressif.

Son travail a évolué, lentement et organiquement, tout comme une partie de son procédé. Cette année, il est passé de l’encre noire à l’encre bleue, ce qui fut pour lui un changement sismique puisque son lexique est si intentionnellement limité. Le bleu qu’il a choisi est en fait un indigo sombre dont la teinte et la brillance varient, dépendant de la lumière. Parfois il est presque noir, d’autres fois il se transforme en un cuivre brillant et magnifique. Une des raisons de ce changement était que l’entreprise produisant le stylo qu’il préférait — une marque répandue et celle qu’il avait utilisée des années durant —avait modifié la composition de son encre noire. La nouvelle couleur, moins foncée et dans un registre plus chaud, ne satisfaisait plus Il Lee.

Sa production est plus dessin que peinture, anticipant l’intérêt actuel pour le graphique ; elle se rapproche de la peinture à l’encre asiatique. Le papier et le crayon sont aussi les outils de l’écrivain et les marquages d’Il Lee ne sont pas différents d’une sorte d’écriture. Il travaille fréquemment sur papier, qu’il préfère à la toile pour cause de meilleure absorption. L’encre s’imprègne, se fond avec le support et est vite retenue, ce qui donne selon lui un résultat plus profond. Avec des toiles préparées, dit-il, l’encre reste au-dessus et est moins intégrée, il s’agit plus d’un phénomène de surface. Les travaux sur toile semblent plus assurés, mais laissent par rapport à des travaux sur papier une empreinte différente. Son utilisation du papier comme support reflète une pratique orientale répandue. Simplement, Il Lee manie le stylo à bille au lieu du pinceau de calligraphie. Il est également “de son temps” depuis que le papier est devenu le médium préféré de nombreux jeunes artistes et que les travaux sur papier (ou fabriqués à partir du papier) sont très demandés, et leur valeur esthétique en hausse.

Une part de l’imagerie d’Il Lee a l’apparence d’une silhouette de montagne escarpée, comme plusieurs des travaux de cette exposition, en particulier la peinture de 3,5 mètres de long avec sa ligne horizontale en pointe, ondulant gentiment. Souvent, l’image s’étend aux bords du support. D’autres fois, elle s’arrête avant une ligne propre et sèche coupant l’espace pour diminuer la suggestion d’un paysage ou d’une représentation — la ligne qu’Il Lee utilise pour commencer la composition —. Les formes qui surgissent sont géométriques et solides mais se dénouent sur les bords dans des boucles et hachures répétitives, révélant le mouvement de la main de l’artiste qui apparaît nerveuse de temps en temps, agitée. La frénésie du procédé est ainsi juxtaposée à l’autorité et au calme de l’image centrale. Il Lee dit qu’il est à l’aise avec les dualités et embrasse les oppositions tels le statique et le flux, le serein et l’agressif, l’éternel et l’éphémère.

Ses autres séries de configurations ressemblent à des phénomènes cosmiques, des images vues dans l’espace. Elles consistent en une composition, élégante et conduisant à la transe, avec de vagues rectangles, ovales et diamants, évocateurs parfois de motifs textiles. Le réseau de lignes fines qui strient la surface suggère la trame d’un tissu ; cependant, ces lignes ont aussi un effet plus mystérieux, créant un champ de force visuelle ou halo autour des formes floues et émergentes. Tout comme dans l’Op Art, elles jouent avec les changements de perception.

Le travail d’Il Lee irradie aussi d’une certaine spiritualité filtrée au travers de l’abstraction minimaliste. Il semble que ses formes gardent une énergie vivante, le ch’i, peut-être celle que l’artiste a mis pour les créer, tandis que son graphisme patient, lisible ou illisible, reflète le temps passé pour la création. Objets tout aussi bien d’une méditation contemplative que d’un discours analytique, les peintures — ou écritures — subtiles et subtilement enrichies d’Il Lee sont un équilibre exemplaire et prophétique d’un fusionnement des cultures qui s’impose de plus en plus comme une des normes dans notre monde globalisé.

Lilly Wei
Lilly Wei est critique d’art et commissaire d’exposition indépendante basée à New York. Elle écrit fréquemment pour Art in America et d’autres publications. Elle collabore également à la rédaction d’ARTnews et Art Asia Pacific.

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